L’individu démocratique est par définition un être impuissant politiquement : en France, chaque citoyen est dépositaire d’un quarante-deux millionième du pouvoir politique, que peut-il alors en faire d’autre que de le déléguer à un-e représentant-e à qui il confie le soin de décider de l’organisation sociale ? Tout le malheur de cette organisation est qu’elle entretient et généralise l’incapacité d’intervention dans la vie publique, l’abandon par les administré-e-s de leur puissance sociale, et qu’il faut déployer d’énormes efforts pour simplement convaincre qu’une action politique autonome est envisageable. De ce point de vue la gauche, en appelant les participant-e-s à s’en remettre à elle et à sa capacité de gestion politique, sape les bases des mouvements futurs en étouffant toute initiative d’organisation autonome. Plus largement la démocratie représentative fait de la politique une activité de spécialiste, un royaume séparé de la vie commune, et elle nous désapprend par là à nous auto-organiser, à prendre en charge nous-même, et sur un mode collectif, nos existences.

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- L’invention d’un roman national « de gauche » peut-il être un antidote à celui « de droite » ?

Ce serait une catastrophe. Aujourd’hui, on assiste d’ailleurs à la publication du livre de Jean-François Kahn, L’invention des Français, sorti en février dernier qui est presque pire que celui de Deutsch. En gros, il dit que les Français sont pour les droits de l’Homme depuis le Ier siècle avant notre ère, que les Gaulois sont les premiers à avoir lancé des révoltes humanistes universalistes, etc. Pour le coup, c’est une mythologie de gauche. L’auteur de ce livre est invité par de grands médias comme Canal , et même sur France culture, alors qu’il exprime une peur de l’avenir. Le passé est un refuge ici fantasmé afin qu’il corresponde à nos désirs. Mais cette fois il s’agit de se rassurer en expliquant que la France a toujours été par essence républicaine quand Lorànt Deutsch dit au contraire que la France a toujours été royaliste.

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Lorànt Deutsch, le côté obscur du roman national - regards.fr

Si on veut lutter contre la fraude fiscale, il faut des outils : il faut en premier lieu muscler l’inspection des impôts comme les écologistes le proposaient lors de la campagne présidentielle. La droite a instillé pendant dix ans l’idée que les fraudeurs seraient les plus démunis, alors que les faits prouvent le contraire. A nous de mettre toute notre énergie à éradiquer la vraie fraude : celle qui organise l’évasion fiscale et la corruption.

Je crois que ce pays commence à être exaspéré par le monde de l’argent. Je sens une colère populaire qui monte. On ne peut pas demander davantage de pression fiscale, des efforts supplémentaires à tout le monde, et d’un autre côté voir une classe politique qui fonctionne comme cela. Cette colère qui monte, elle risque de se transformer en rage ici et là parce qu’il y a de quoi être enragé face à de tels événements. Vous savez, ce n’est pas rien des gens qui se suicident devant Pôle emploi ou sur leur lieu de travail… Il se passe quelque chose. On vit dans ce pays-là.

Joseph Stiegler : “D’arbord la gauche est massivement décervelée. Et l’extrême-droite est portée, pas seulement le Front National et pas seulement en France, par les effets pervers de la révolution conservatrice, que jusqu’à présent, personne n’a réellement critiqué. Il y a des idées du FN non seulement à l’UMP, mais aussi à gauche. (…) Au moment où Hollande est élu, l’extrême-droite est majoritaire, bien devant l’UMP, le PS et l’extrême-gauche (37 % des français, selon un sondage, se disaient “proches des idées du FN”).”

“C’est bien connu, surtout des économies du 20ème siècle, le capitalisme consumériste est une économie de l’attention, qui consiste à capter l’attention et à la détruire, comme le disait Patrick Le Lay de TF1 : “vendre du temps de cerveau disponible du téléspectateur”. (…) La révolution conservatrice dit que la seule chose qui compte c’est le marché, et que donc il n’y a plus besoin de la sphère publique.”

Emmanuel Todd : “Avec Hervé Le Bras on a étudié la dérive à droite du corps électoral français, le glissement vers le centre du PS, le glissement vers la droite de l’UMP, mais on explique ce glissement à droite sans faire allusion à des notions politiques très compliquées. Je ne crois pas une minute au changement de nature des dirigeants du Front National. Les gens du FN sont des gens de l’extrême-droite à l’ancienne, ils sont en quelque sorte des parias de la vie politique française.”

"Si Jérôme Cahuzac n’était que le mouton noir d’un corps social par ailleurs vertueux, l’affaire serait vite oubliée. Mais si, au contraire, il était le symbole d’une dérive plus grave, plus fondamentale, d’une partie de la classe politique vers des comportements qu’il faut bien appeler oligarchiques, le mal serait bien plus profond. C’est ce malaise que n’arrivent pas à dissiper les dénégations au sommet, les explications outragées, les prises de distance hâtives avec l’objet du scandale."

Question taboue : que faisait Cahuzac chez les socialistes ? | Rue89

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Philippe Péninque, 60 ans, n’est pas un inconnu pour ceux qui suivent les affaires de l’extrême droite. Cet ex-membre du GUD, un syndicat étudiant d’extrême droite radicale, reputé pour sa violence, est aussi ancien membre fondateur d’Egalité et réconciliation. Il fait aujourd’hui partie des conseillers officieux de Marine Le Pen. En 2007, il avait réalisé l’audit du front national.

Il a reconnu avoir entretenu des relations amicales avec M. Cahuzac qui était alors médecin. Il a affirmé ensuite : “Ce qui est illégal c’est de ne pas déclarer un compte, pas d’aider à l’ouvrir. Jérôme Cahuzac avait besoin d’un compte, je l’ai aidé à l’ouvrir”.

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Un proche de Marine Le Pen a ouvert le compte de M. Cahuzac chez UBS en 1992

"Dans les périodes de crise, les hommes politiques adoptent spontanément une novlangue que Leonardo Sciascia a qualifiée de « langage du non dire » et qui est une tentative de se dissimuler, de s’enfouir dans la langue, dans le jargon, « pour survivre », écrivait Pasolini, « fût-ce comme automates, comme masques… » C’est à Pasolini et à Sciascia que j’ai pensé en écoutant François Hollande, surpris de l’entendre se mettre soudain à parler « la langue du non dire », émaillée d’expressions aussi absurdes que « trouver de la croissance par nos leviers », « pourquoi faire du sang et des larmes ? » ou délégitimer le cœur de son projet politique en associant « redressement » et « maison de redressement » : « Le redressement oui, mais l’Europe ne doit pas être une maison de redressement »… ou encore s’engluer dans la définition de son propre rôle à la tête de l’Etat : « C’est mon rôle non pas parce que je suis un président socialiste, d’ailleurs je ne suis plus maintenant un président socialiste… »"

Démocratie, état d’alerte | Mediapart

"Les partis politiques ont de moins en moins de rapports pour se vivifier avec les mouvements sociaux – cela interrogerait l’hégémonie de la vision technocratique – ou avec les intellectuels critiques. Quand ils sont en quête d’idées, ils choisissent soit des technocrates supposés être spécialistes de tel ou tel domaine, soit les intellectuels médiatiques – les Alain Minc, Jacques Attali, BHL, Caroline Fourest… – c’est-à-dire ceux qui parlent de tout avec aplomb sans savoir grand-chose sur rien."

Philippe Corcuff : « La gauche est en état de mort cérébrale » | Rue89

L’écologie est basée sur idée simple : il y a des contraintes naturelles indépassables et ceux qui les franchissent courent au désastre. C’était le message du Rapport Meadows, plus connu en France sous le nom de Club de Rome : si nous continuons à croître nous allons saper les fondement mêmes de notre civilisation et nous effondrer. Pour ceux qui n’auraient pas remarqué, c’est à peu prés ce qui est en train d’arriver, à peu prés à la date et au rythme prévu.

Cette idée est en contradiction absolue avec l’idée de progrès qui fonde la vision que nous avons du monde depuis la victoire des Lumières sur l’ordre ancien issu du Christianisme médiéval. L’idéologie du progrès postule, en effet, que l’ingénuité humaine peut et va surmonter tous les obstacle, que demain sera nécessairement mieux qu’hier et que malgré les péripéties de l’histoire, l’humanité ne cessera d’avancer jusqu’au moment où, pour citer Jules Verne, elle « pourra se reposer sur le sommet enfin conquis ».

« Je pensais que si le grand public, et notamment les citoyens des Etats-Unis, avait accès à ces informations… cela pouvait lancer un débat national sur le rôle de l’armée et sur notre politique étrangère en général, ainsi que sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Je croyais aussi que l’analyse détaillée des données sur le long terme réalisée par différents secteurs de la société pouvait permettre à celle-ci de réévaluer le besoin, voire l’envie, de s’engager dans des opérations de lutte contre le terrorisme ou contre l’insurrection en ignorant les dynamiques complexes de la population vivant au quotidien dans les régions concernées. » (via Rue89)

Providence — a short film featuring Bradley Manning’s voice (par freepressfoundation)

"La droite le détestait, car il incarnait tout ce qu’elle honnit: l’idéalisme crédule, les idées généreuses et naïves, la solidarité irréaliste, la bonne conscience universelle. La gauche, qui se veut lucide et «responsable», ne le supportait pas pour les mêmes raisons. Qu’est-ce que c’est, que ce rêveur indigné? Ce type qui veut régulariser tous les sans-papiers? Ce vieillard qui appelle la jeunesse à se révolter? Ce Juif qui défend les terroristes Palestiniens? Un illuminé! «Vous avez lu son livre ? demandaient-ils quand ils se lâchaient en privé. Il n’y a pas une idée, c’est de l’incantation pure, c’est nul… » «C’est gentil…», disaient les plus féroces. Mais voilà: avec le succès planétaire de «Indignez-vous!», il y a trois ans, Stéphane Hessel, que personne ne connaissait la veille, était soudain devenu une icône. Donc un intouchable. Donc un grand homme. Donc l’ami de tout le monde."

Stéphane Hessel: le bal des hypocrites | Slate