En 2012, envisager le partage sur Internet selon un modèle purement répressif, c’est l’envisager selon une vision faussée. Mais c’est aussi, et surtout, la sinistre promesse d’entraver l’innovation pour les années à venir. Car au-delà du partage, de la création et de la culture, c’est l’innovation et l’accès aux biens communs immatériels qui sont en jeu.
Bah voilà, j’ai trébuché dans le buzz. Hier matin, mes 3 photos un peu pourries du siège parisien de la HADOPI, taggué par Anonymous, publiées sur ce blog, ont vite fait de faire le tour du web francophone.
Habituellement, ce site que j’alimente presque tous les jours avec des extraits d’articles, des photos, parfois des textes de mon cru, culmine entre 5 et 10 visiteurs journaliers. Hier, lundi 30 janvier, j’ai atteint le chiffre exorbitant de 18 734 visiteurs uniques. Et une requête Google permet de constater que de très nombreux sites ont consacré un article à la news, en reprenant mes photos, depuis des blogs d’internautes jusqu’à des sites d’info “mainstream” comme LeMonde.fr, Numerama, LeParisien.fr ou encore LeFigaro.fr, en passant par tout un tas de forums spécialisés. J’ai même eu droit à la rubrique “Faits marquants” de Wikipedia.fr paraît-il :)
Comment le buzz s’est-il répandu ? La réponse tient en deux mots bien connus : réseaux sociaux.
Hier matin, en rentrant chez moi après avoir pris ces photos, je les envoie d’abord sur deux ou trois listes de discussion auxquelles je participe (dans les 800 inscrits en tout), et puis ensuite sur mon compte Facebook (300 amis environ). Et puis vers 10h30, je publie le petit article sur ce Tumblr, histoire de laisser une trace de ma paternité des photos, juste au cas où. Quelques amis “font tourner” mon tweet annonçant l’article et quelques autres me demandent, par e-mail, s’ils peuvent diffuser les photos sur leurs propres réseaux.
Parmi mes amis twitteurs, certains sont suivis par des journalistes de médias online parce qu’ils ont des fonctions dans le parti politique auquel j’adhère moi aussi, notamment parce que c’est un parti qui a un discours clair sur les libertés numériques (pour être tout à fait précis, je suis même membre de sa commission Partage 2.0).
Vers 13h, Rue89 est le premier média à se faire l’écho, sur Twitter, de mon article et de mes photos. Entre temps j’ai aussi relayé l’article sur mon mur Facebook, et une poignée d’ami-e-s l’ont déjà partagé sur leurs murs respectifs, ainsi que sur mon compte Google+, mais là c’est le calme plat, comme d’habitude.
Mais à partir du moment où Rue89, très suivi sur Twitter avec presque 230 000 “followers”, s’en fait le relais, c’est comme une traînée de poudre qu’on aurait allumée. Pendant toute la journée je ne vais cesser de recevoir des alertes sur mon iPhone : je suis retweeté à mort, j’ai plein de nouveaux “followers”, mon Facebook est rempli de commentaires (ça j’ai plus l’habitude tout de même), et sur Tumblr, le module de gestion des commentaires, géré par Disqus, enregistre des tas de réactions à la suite de l’article. La “fièvre” va durer ainsi jusqu’à minuit environ. Grosso modo, sur une douzaine d’heures, soit une moyenne de 1 500 visiteurs uniques par heure, ou encore 25 visiteurs à la minute.
D’où viennent tous ces visiteurs d’hier ? Grâce à Google Stats, j’ai pu retracer tout ça, et voici les 10 premiers sites référants :
A eux deux, Facebook et Twitter ont donc généré pratiquement 10 000 visiteurs, plus de la moitié du nombre total de visiteurs ! Je remarque aussi que LeFigaro.fr est très bien placé, avant Rue89 qui fut l’un des premiers sites d’info à publier une news reprenant mes photos et un lien vers mon blog. La plupart des autres sites internet de quotidiens et magazines français sont loin derrière, avec moins de 100 visiteurs uniques.

Je remarque enfin deux ou trois choses. L’information a été reprise telle quelle sur la plupart des sites, qui se sont visiblement copiés les uns les autres, et quasiment aucun n’a fait mention du petit dialogue entre l’employé de la HADOPI et moi-même, que j’avais retranscrit dans mon article. J’avais pris soin de préciser que les photos étaient sous licence Creative Commons : la très grande majorité des sites internet ont respecté cette licence, en la mentionnant sous les photographies, avec mon nom et un lien vers mon article.
Et enfin, sur les 70 commentaires en un jour à la suite de l’article, il y en a eu deux pour crier au “fake” (les photos seraient fausses). C’est ce qui m’a le plus amusé dans toute cette petite expérience. Le reste des commentaires est plus intéressant (à la suite de l’article ou sur les pages des sites d’information) avec un débat sur l’utilité d’une telle action de la part des Anonymous. Certains pensent en effet que ça nuirait à la cause, parce que tagguer des murs ce serait faire preuve de violence gratuite. Je ne suis pas d’accord avec ça et j’ai participé à la discussion dans les commentaires.
L’air de rien, je suis content d’un truc : grâce à ce petit buzz de début de semaine, pas mal de gens savent aujourd’hui à peu près en quoi consiste la licence Creative Commons. Et ça, c’est vachement intéressant.
Amusante découverte ce matin du lundi 30 janvier 2012 en amenant mon gosse chez la nounou. Le siège d’HADOPI, dans le 14ème, rue du Texel, a été taggé par Anonymous dans la nuit. Vers 10h, l’entrée était barrée par des plots et des employés d’une société de nettoyage se préparaient à enlever le logo au pochoir et le tag écrit sur le trottoir, juste devant l’entrée, en grandes lettres rouges : “WE ARE LEGION”.

J’ai pu prendre des photos avec mon smartphone (merci mon gosse, dont je faisais mine de m’occuper pour être tranquille).
En repassant devant HADOPI un quart d’heure plus tard, cette fois les mains libres, je sors ostensiblement mon smartphone et je prends une dernière photo. A ce moment un gars en pull sort de l’accueil où il était avec quelques personnes, et vient vers moi, avec un air sévère et en regardant tout autour de lui, comme pour vérifier que nous étions seuls : “Vous ne devez pas prendre des photos, arrêtez ! Vous êtes de quel magazine d’abord ?”.
Je lui réponds, très calme : “Pardon ? Je suis dans la rue, sur un espace public, j’ai parfaitement le droit de prendre des photos de l’immeuble. Et je ne suis d’aucun magazine.” Il rétorque, énervé : “Mais alors pourquoi vous prenez des photos ? Pourquoi ? Vous voulez nous salir, c’est ça ? Qu’est-ce que vous allez en faire ?”.
Je réponds : “Pardon mais je peux bien avoir toutes les raisons que je veux, vous n’avez pas à le savoir. Et puis je n’ai aucune intention de vous salir, vous n’êtes qu’un employé, vous n’êtes pas responsable. En revanche, HADOPI, c’est autre chose… Vous voulez qu’on en cause ?”.
Après un temps d’arrêt à me dévisager, il recule et disparaît bientôt dans l’accueil de la Haute Autorité, tout en marmonnant un “mmm, ok, d’accord, d’accord, au revoir…” alors qu’il m’a déjà tourné le dos.


IMPORTANT : mes trois photos sont distribuées en licence CREATIVE COMMONS (cf. ci-dessous).

HADOPI taggé par Anonymous de Grégory Gutierez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Partage à l’Identique 3.0 non transposé.
#HADOPI #Paris #anonymous (Taken with instagram)
Au Canada, l’ensemble de l’industrie du disque se voit accusée de piraterie et devrait bientôt payer la somme d’au moins 50 millions de dollars à différents ayant-droits d’artistes tels que le célèbre musicien de jazz Chet Baker.
Une situation d’autant plus ironique qu’elle est due… au lobbying exercé par cette même industrie du disque pour punir les méchants pirates qui osent télécharger de la musique sur Internet ! En effet, c’est ce même lobby (Warner, Sony, EMI, Universal Music…) qui a lourdement insisté auprès du gouvernement canadien pour que chaque exploitation illicite d’une musique appartenant à leurs catalogues soit punie par pas moins de 20 000 dollars d’amende. Cependant, depuis la fin des années 1980, ces mêmes maisons de disque avaient pris l’habitude de publier régulièrement des CD de best-ofs incluant des morceaux de musique dont ils n’avaient pas les droits d’exploitation. La loi canadienne leur permet en effet de mettre ces morceaux sur des “pending lists” (listes d’attente), se réservant le droit de les exploiter en attendant de réussir à retrouver les bons ayant-droits, un jour ou l’autre, afin de leur verser les sommes dues (et si ces ayant-droits ne sont pas retrouvés, c’est pas plus grave…). Mais du propre aveu d’un porte-parole de l’industrie du disque, elles n’ont jamais investi le temps et l’argent nécessaires pour mener à bien ce travail.
C’est l’histoire de l’arroseur arrosé : grâce aux nouvelles lois restrictives et punitives votées au Canada sous leur influence, ces mêmes maisons de disques se retrouvent désormais passibles de payer 20 000 dollars par titre exploité sans le consentement des ayant-droits !
(via Canadian Recording Industry Faces Massive Infringment Claims)
~ Jaimelesartistes survit, Lionel Tardy monte au créneau - PC INpact« Alors que le ministère de la Culture avait pris la précaution, à grands frais, de créer le site www.jaimelesartistes.fr afin d’expliquer tous les bienfaits de la loi Hadopi et notamment vanter son aspect pédagogique, il semble qu’il y ait eu quelques ratés lors du renouvellement de ce nom de domaine. (…) La création de ce site à coûté entre 50 et 85 000 euros, a priori personne au ministère de la Culture n’a eu l’idée de renouveler le nom de domaine jaimelesartistes.fr, simple opération … dont le coût est de … 12 euros HT/an !!!! »
Jaimelesartistes survit néanmoins à l’adresse (nettement moins sexy) http://www.culture.gouv.fr/culture/aimelesartistes/index.html. Il reste malgré tout des traces de l’ancien domaine, et pas seulement dans le logo de la page… Notez l’absence du “J” dans l’URL, qui donne une couleur très impérative au site.